Comme bien d’autres cavalières et cavaliers qui ont eu la piqûre très tôt, Korraugh Francis (Pickering, Ontario), est tombée amoureuse de l’équitation toute petite. Dès sa première leçon d’équitation, une surprise offerte par sa mère à l’âge de sept ans, elle fut absolument conquise.

« Korraugh est la plus jeune de mes quatre enfants et je dis souvent qu’elle est née cavalière », explique sa mère, Christine Hirschberg. « Dès qu’elle a été capable de parler, tout ce qu’elle voulait, c’était de monter à cheval. Quand je lui ai offert une leçon surprise, je croyais sincèrement qu’elle serait nerveuse et perdrait l’intérêt. Au contraire, une jeune entraîneure lui a ouvert la porte à un tout nouveau monde. »

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Korraugh et Danny Boy en concours au Pickering Horse Centre (PHC)
Source : Life with Horses Photography

Korraugh a commencé par suivre des leçons hebdomadaires au Pickering Horse Centre (PHC), mais il n’a fallu que peu de temps avant qu’elle se décide à concourir. Avec l’aide de Gary Yaghdjian et sa fille Emily Wolff, elle s’est jointe à l’équipe de concours du PHC. C’est à ce moment que les choses ont quelque peu changé pour la famille métissée.

« La diversité à l’étape des leçons d’équitation non compétitive est semblable à celle qu’on trouve dans les ligues locales des autres sports », constate Christine lorsqu’on l’interroge sur la représentation en sport équestre. « En hockey par exemple, plusieurs ethnicités sont représentées au niveau local, mais si l’on regarde aux plus hauts niveaux, on compte presque les athlètes non blancs sur les doigts d’une main. Ce n’est pas très différent en sport équestre, la diversité diminue aux niveaux de compétition supérieurs. » 

Par son mariage à un homme noir, elle a appris ce que plusieurs personnes blanches peinent à comprendre par rapport à la représentation. « Ayant grandi dans la peau d’une femme blanche, je n’ai jamais vu le monde autrement que par le prisme du privilège. Je ne pouvais pas savoir ce que je ne connaissais pas », constate-t-elle. « Mais au fil du temps, en devenant mère de quatre enfants noirs, j’ai été témoin d’une réalité très différente.

À dix ans, Korraugh ne semblait pas affectée par le manque de diversité qui l’entourait. Sur un poney loué appelé Danny Boy, elle a concouru dans la division de chasse Trillium où elle a obtenu le titre de vice-championne aux croisillons. « Ma mère me demandait parfois si je me rendais compte que j’étais l’une des seules cavalières noires aux concours », précise-t-elle. « Je répondais que oui, mais ça ne me dérangeait pas, je trouvais même que c’était cool. »

Pour sa part, sa mère n’a pas le même souvenir des concours. Comme la plupart des mères d’athlètes, elle est l’admiratrice numéro un de sa fille et elle ne manque pas une occasion d’être à ses côtés pour chaque épreuve. « J’adore son ambition d’être la meilleure de son écurie, et sa volonté de s’entraîner et de concourir dans ce sport qui la passionne », mentionne Christine. « Mais je ne m’habituerai jamais à entendre des gens du public l’appeler “la jolie petite noire”, ou “la petite à la peau sombre”. »

Le malaise ne s’arrête pas aux commentaires entendus. « Lorsqu’on se présente à un concours avec les membres noirs de la famille, la tension ressentie est forte », ajoute-t-elle. « On nous fixe et la gêne est palpable chaque fois qu’ils viennent voir Korraugh en compétition. »

Comme mère souhaitant protéger sa fille, lorsqu’elle entend des insultes raciales ou qu’elle est dévisagée, elle doit faire preuve d’extrême réserve pour ne pas réagir avec colère. Elle réalise que le milieu du sport équestre considère encore Korraugh et sa famille comme différentes. « Le contexte en général n’est pas accueillant », souligne Christine. « Il est décevant qu’il y ait si peu de progrès quant au problème de sous-représentation des athlètes de couleur dans notre sport. »

Heureusement, elles ont eu le soutien de leurs entraîneur(e)s et des membres de l’écurie et le changement, bien que lent, a commencé à se faire sentir. À l’adolescence, Korraugh est passée au circuit du saut d’obstacles où elle a commencé à monter un nouveau cheval appelé Midway en épreuves de 0,75 m. « À ma première année en saut d’obstacles, j’étais très fière de nos résultats. Nous avons décroché quelques rubans, mais nous avons surtout eu du plaisir et beaucoup appris », dit la jeune fille. « Au cours de la dernière année, j’ai remarqué qu’il y avait un peu plus de personnes noires en compétition, ce qui m’a rendue très heureuse et m’a fait sentir moins seule. »

Malgré les difficultés qu’elle rencontre en tant que spectatrice, Christine continue de tout faire pour la réussite de sa fille dans ce sport reconnu pour ses coûts élevés. Lorsqu’on met en doute les moyens de la famille, cela la motive. Elle explique : « C’est bien sûr insultant en quelque sorte, mais cela me donne envie de travailler encore plus fort pour lui permettre de continuer à pratiquer son sport. Nous avons même créé des pages de sociofinancement GoFundMe, et accepté le soutien financier de membres de la famille. »

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Korraugh Francis et Midway
Source : Christine Hirschberg

Malgré tout, les obstacles érigés devant eux comme famille équestre de couleur ne s’effacent pas aisément, voire pas du tout. « La couleur de ma peau n’a jamais été un obstacle à ma réussite », relate Christine. « Je ne peux pas en dire autant de mon conjoint ou de mes enfants. » En plus des barrières causées par les biais inconscients, le manque de représentation laisse très peu de modèles pour guider les jeunes athlètes.

« Les enfants doivent pouvoir voir ce qu’ils ont la possibilité d’accomplir », souligne-t-elle. « Aux niveaux de compétition équestre supérieurs, la diversité qu’ils devraient voir pour croire à leur potentiel est inexistante. En ce moment, il n’y a personne qui leur ressemble qui atteint les mêmes objectifs, qui leur enseigne les compétences nécessaires ou même qui juge leurs épreuves. »

En raison des préjugés profondément ancrés que Christine et sa famille ont subis, plusieurs familles racisées ne pensent même pas à participer. Cependant, avec le talent, la passion et la détermination de sa fille en plus du soutien indéfectible de sa famille, d’amis et de l’équipe du PHC, ils ont persévéré et remporté du succès.

« Je suis pleine de gratitude chaque jour pour les gestes positifs des autres, dit Christine, mais aussi d’avoir la possibilité d’informer et d’aider les autres à reconnaître leurs propres préjugés. » Elle est reconnaissante aux membres de l’écurie PHC de leur soutien et leur dévouement au cours des cinq dernières années, sans qui ils n’auraient pu rester aussi forts et impliqués dans le sport.

Pendant ce temps, la cavalière ne perd pas ses objectifs de vue. Ayant récemment changé d’écurie, elle est maintenant entraînée par Michelle Johnson au Pause Awhile Equestrian Centre (PAEC) où elle monte une jument louée du nom de My Kind of Crazy. « J’ai toujours les mêmes buts qu’il y a quelques années. Je rêve de faire partie de l’équipe GRIT et j’ai l’intention de travailler fort pour devenir la première athlète noire à se rendre aux Jeux olympiques avec l’équipe canadienne de saut d’obstacles », déclare la jeune athlète de 13 ans.

Avec l’encouragement inébranlable de ses parents, et le soutien sans faille de l’équipe du PAEC et d’autres personnes qui ont croisé leur chemin, elle garde espoir que sa fille puisse faire partie du changement qu’ils souhaitent tous voir dans le monde équestre. Elle espère aussi que les personnes qui liront leur histoire sauront en tirer des leçons et s’engageront à faire partie de la solution.

« Je sais… je rêve grand », dit Korraugh. « Mais j’ai l’intention de mettre tous les efforts pour voir quels sommets je peux atteindre. »

À entendre la détermination de la jeune cavalière à atteindre ses objectifs et sa persévérance malgré les difficultés, chacun pourra tirer d’importantes leçons. C’est également l’occasion de nous demander comment nous pouvons favoriser la diversité dans notre propre sphère d’influence. Et vous, jusqu’où irez-vous?

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