« C’est ce que j’ai fait de plus amusant de ma vie! Sur le chemin du retour, j’ai carrément dit que je ne voulais rien faire d’autre. » C’est ce qui habitait les pensées de la jeune Nicki Reynolds, à l’âge de 13 ans, lorsqu’elle a eu l’occasion d’aller s’entraîner en cross-country dans une propriété non loin de chez elle à Coldwater, en Ontario.

Dix ans plus tôt, alors qu’elle n’avait que trois ans, sa grand-mère l’avait emmenée faire une randonnée à la ferme d’un ami. Elle se souvient de ce jour qui a changé sa vie. « J’ai monté un poney appelé Sky, explique la cavalière. Et depuis, c’est ma passion. » Elle a continué à monter, puis a acheté son premier poney, Scooter, le fils de Sky, à l’âge de cinq ans. 

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Nicole Reynolds et son poney Sky durant l’une de leurs premières randonnées.
Source : Nicole Reynolds

L’amour de Mlle Reynolds pour les chevaux et l’équitation a continué de croître par l’entremise de la chasse et du saut d’obstacle qu’elle pratiquait à l’écurie et résidence personnelle de l’entraîneur Shawn Butler, de Butler Show Horses. Puis, une amie l’a convaincue de se joindre au poney club, où elle a beaucoup appris et a noué de solides amitiés. Un jour, on lui a proposé de participer à un séminaire de cross-country qui se donnait tout près. « Je me suis dit : bien sûr, je peux aller sauter des troncs d’arbres dans un champ. Ça semble amusant », dit l’athlète au sujet de ce qui l’avait poussée à s’initier au concours complet. Mais c’était en fait tellement plus que ça. L’excitation créée par ce nouveau défi a fait naître quelque chose en elle.

« Voilà, c’était parti, déclare Mlle Reynolds. Le concours complet, c’était ce que je voulais faire. » Elle a alors pris la décision de changer d’écurie au cours de l’hiver pour commencer à s’entraîner à Grandview Farm, située à proximité d’Oro et considérée comme l’une des principales installations de concours complet en Ontario. « C’est un très bon établissement où se tiennent des concours équestres depuis plus de 25 ans. Tout ce dont j’avais besoin pour apprendre s’y trouvait. » Elle a pris des leçons avec Sarah Irving, cavalière de concours complet internationale, et Bob Holman, membre de l’équipe canadienne, avant de prendre part à ses premières compétitions au printemps 2014.

Sa grand-mère Donna, qui l’a élevée et avec qui elle possède une écurie et une entreprise, a soutenu son rêve depuis le début. « Non seulement elle m’a fait initier au monde équestre, mais elle a tout fait pour m’appuyer à chaque étape de mon parcours, exprime Mlle Reynolds. Elle m’a emmenée à des formations, elle est ma palefrenière lors des compétitions, et est ma plus grande admiratrice. »

Sa grand-mère lui a également inculqué une autre compétence essentielle aux athlètes qui visent l’excellence dans le monde équestre : le travail acharné. Elles ont d’abord loué un enclos à Shawn Butler pour y loger le poney de Mlle Reynolds. Lorsqu’elle a eu 11 ans, la cavalière et sa grand-mère ont emménagé dans une nouvelle propriété où elles ont bâti leur propre écurie au fil des ans. À ce jour, on y trouve une carrière où Mlle Reynolds s’entraîne et enseigne, ainsi qu’une écurie qui abrite leurs 10 chevaux. Les deux femmes hébergent également 10 pensionnaires sur leur propriété, dont trois sont entraînés par Mlle Reynolds.

Lors des compétitions, elle monte sa jument alezane One in a Million, dont le nom d’écurie est Daphne, ou Daffy Duck, comme elle la surnomme affectueusement. « J’étais assez jeune (14 ans) lorsque nous l’avons accueillie, dit l’athlète. Elle avait sept ans et était non débourrée. Nous l’avons d’abord envoyée à Pam Dawson, puis j’ai repris son entraînement au cours des cinq dernières années. »

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De gauche à droite : Its Kite Pazible (Eddie), Glendening Totem (Tommy), Nicole Reynolds et One in a Million (Daphne).
Source : Kaitlyn Reynolds

Le visage de Mlle Reynolds s’illumine lorsqu’elle parle de sa jument et, selon ses dires, il semble que l’animal aime faire de la compétition tout autant qu’elle. « C’est un cheval phénoménal, avec une personnalité à part entière, indique la jeune femme. Elle a gravi les échelons et c’est une partenaire extraordinaire. Elle est pleine de fougue et est aussi passionnée que moi. » La cavalière rit lorsqu’elle se présente aux concours avec la jument de 15,3 mains, aujourd’hui âgée de 12 ans. « Quand on se promène, les gens l’appellent tous et toutes un poney, mais c’est une athlète née et il ne faut pas la sous-estimer. »

Et Daphne n’est pas la seule à ne pas sous-estimer. Lorsqu’on lui demande ce qui l’attire dans le concours complet, il est clair que Mlle Reynolds comprend le défi que représente cette discipline. « C’est la complexité. Il faut exceller dans une variété d’éléments : le dressage, le saut d’obstacles et le cross-country. » Comme c’est le cas pour la plupart des athlètes, le cross-country semble être son péché mignon. « Pour moi, la série d’obstacles et la variation du terrain, ainsi que la vitesse, sont absolument palpitantes. »

Elle révèle se sentir courageuse lorsqu’elle navigue à travers le parcours même si sa grand-mère, elle, a parfois peur. Toutefois, elle avoue que ce qui lui cause le plus de difficultés à l’heure actuelle est la phase de saut d’obstacles. « Heureusement, j’ai l’occasion de m’entraîner avec Ian Millar, dans le cadre du programme GRIT de OE, et Holly, mon entraîneure, est extraordinaire. »

À vingt et un ans, la jeune cavalière sait déjà qu’il est difficile de trouver le juste équilibre et de faire en sorte que tout fonctionne. Elle travaille avec l’entraîneure Holly Jack-Smithers, à Erin, en Ontario, à deux heures de route de chez elle. « Au printemps, je m’y rends une fois par semaine pour me préparer à la saison des concours, déclare Mlle Reynolds. Ensuite, on augmente à une ou deux fois durant l’été pour être fin prêtes. Holly est formidable et se déplacera même jusqu’ici au besoin. »

La cavalière est également employée à temps partiel chez Tim Hortons, bénévole lors de compétitions et massothérapeute équine, en plus d’enseigner durant trois heures chaque soir de la semaine. Elle est diplômée en tant que massothérapeute avancée certifiée en sports équins et est en voie d’obtenir ses certifications d’entraîneure de OE et de CE. Lorsqu’elle ne s’affaire pas à nettoyer l’écurie ou à entraîner ses deux Oldenburg de quatre ans, elle est en selle. Et quand on lui demande comment elle arrive à faire tout ça, elle aborde sa stratégie plutôt simple. « Il suffit de me lever tôt ou de me coucher tard. Au moindre temps libre, je monte. Certains jours, je suis au travail à 5 h ou à 22 h, mais je suis prête à faire tout ce qu’il faut. »

Son travail acharné et son entraînement ne sont pas passés inaperçus. En octobre dernier, Mlle Reynolds a été sélectionnée en tant que membre de l’équipe jeunesse canadienne pour se rendre en Caroline du Nord et participer à la finale du Adequan/USEF Eventing Team Challenge – côte Est 2021, qui se déroulait du 10 au 14 novembre 2021. « Nous sommes entrés aux États-Unis le jour de l’ouverture de la frontière. Nous étions un peu nerveuses et nerveux, mais tout s’est bien passé », raconte-t-elle à propos de son premier voyage à Tryon, pendant la pandémie mondiale. « Je n’y étais jamais allée auparavant. L’installation à elle seule était tout simplement spectaculaire. C’est la plus grande et la plus belle que j’aie jamais visitée. La surface était si incroyable. Galoper sur un terrain de golf est un rêve d’enfant. C’était formidable. » 

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Nicki Reynolds et One in a Million au Adequan/USEF Eventing Team Challenge – côte Est 2021 à Tryon (Caroline du Nord)
Source : Anthony Trollope for RedBayStock.com, www.RedBayStock.com

Le fait que le groupe de jeunes compétitionnait en tant qu’équipe canadienne est parmi les éléments qu’elle a le plus aimés de son aventure. L’événement regroupait des athlètes de niveaux CCI 1* CCI 2* et CCI 3*, âgés de 14 à 25 ans, et originaires d’un bout à l’autre des États-Unis et du Canada. « Il y a peu d’équipes dans le concours complet », dit la jeune participante. Tout au long de l’aventure, les membres de l’équipe se sont soutenus les uns les autres et ont bénéficié de l’expertise de la vétérinaire de l’équipe, Dr Usha Knabe, de la chef d’équipe Kendal Lehari et de l’athlète olympique de concours complet Jessica Phoenix. L’entraîneur de dressage Justin Ridgewell s’est également joint à l’équipe pour manifester son soutien. « C’était incroyable de voir tous ces gens réunis. J’ai pu marcher le parcours avec Jessica. Tout le monde était d’un grand soutien », déclare la cavalière.

L’équipe avait d’ailleurs besoin de soutien pour y arriver. Avec un coût de plus de 10 000 $ par couple, incluant des droits d’inscription de près de 2 000 $, l’Ontario Eventing Association et sa présidente du comité de financement, Veronica Low, ont travaillé d’arrache-pied avec l’équipe à recueillir des fonds pour leur venir en aide. Ils et elles ont réalisé deux ventes aux enchères en ligne, ont vendu des billets moitié-moitié et ont décroché des commandites de KC Equestrian Colours, The Roar Group of Companies et Horse and Hound Tack Shop. « Bien sûr, je n’y serais jamais arrivée sans Exclusive Equine — Kentaur Canada et KC Equestrian Colours qui commanditent mon harnachement et mes vêtements, indique l’athlète. Leur contribution fait toute la différence. »

Cette expérience était un excellent point de départ permettant à la jeune cavalière de porter la feuille d’érable. « Le concours s’est très bien déroulé. J’étais tellement satisfaite de mon cheval. J’ai fini 52e de ma division, sur un total de 78 cavalières et cavaliers, raconte Mlle Reynolds. J’étais à la fois heureuse et émotive. J’avais les larmes aux yeux quand j’ai terminé et que j’ai réalisé que les rêves peuvent se réaliser. »

En effet, dès son plus jeune âge, elle rêvait de représenter le Canada. « En huitième année, peu après avoir commencé le concours complet, un de nos devoirs consistait à nous dessiner dans le futur. Je me suis dessinée en train de faire du cross-country aux Jeux olympiques. J’ai toujours ce dessin. »

Grâce au soutien des gens qui l’entourent et à son évidente détermination, ses possibilités de représenter le Canada sont réelles. Elle a maintenant atteint le niveau intermédiaire, espère acquérir une certaine expérience au niveau FEI et souhaite également retourner à Tryon l’an prochain en tant que couple pour le 3*. « Mon plan provisoire, dit la cavalière, consiste à retourner aux États-Unis l’été prochain ainsi qu’en Ontario et au Nouveau-Brunswick. J’espère aussi me rendre à Bromont. »

Lorsqu’interrogée sur l’avenir du concours complet au Canada, l’athlète indique clairement que ses propres expériences ont été un succès. « Nous devons offrir aux enfants la possibilité de s’initier au cross-country, parce que c’est ce qui nous distingue, explique-t-elle. Je sais que beaucoup de parents ont peur de laisser leurs enfants exercer cette discipline, mais s’ils ou elles peuvent partir en toute sécurité et s’amuser sur le parcours, dans un environnement sans pression, je sais qu’ils ou elles auront la piqûre pour le reste de leur vie. » Et passionnée, elle l’est. Ça ne fait aucun doute. « Faire du bénévolat à des concours est une autre bonne façon de s’initier. J’aime tellement ça; j’en fais encore. On apprend toujours dans les concours, même sur le terrain. Et quand on y est, c’est exaltant. »

Quant à son avenir, cette jeune athlète courageuse et travaillante est prête à conquérir le monde. « Je vais continuer à concourir avec Daphne tant et aussi longtemps qu’elle le veut, de même qu’avec mes chevaux de quatre ans, déclare-t-elle. Ce serait extraordinaire pour moi, de représenter mon pays en pratiquant le sport que j’aime. » Ses rêves pourraient très bien continuer de se réaliser. Peut-être est-il simplement question de savoir sur quels parcours et dans quels pays.  

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